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culte. Ajoutons encore les œuvres de charité, et ces services hospitaliers où le dévouement catholique est sans rival et excite l'admiration universelle.

« Ce froid esprit raisonneur enfin, qui domine dans le protestantisme et ne croit que ce qui est accessible aux sens, a quelque chose de repoussant et ramène à l'Église catholique. 13

En présence de tels hommages rendus à l‘Église catholique, il semble que la question religieuse est résolue. L'Église impose la vénération même à ceux qui ne lui appartiennent pas; elle exerce sur leur âme comme un attrait fascinateur, et il en est plus d‘un, ou peut le dire avec assurance, qui lutte contre son propre cœur pour ne pas briser les liens malheureux de son éducation première.

Cependant les ennemis systématiques de l’Église ont tiré un reproche précisément de ce qui est son mérite et sa mission. Pour obtenir cette ferme direction des esprits dans la discipline, dans l‘unité, il faut une vigilance scrupuleuse, il faut parfois le déploiement d‘une forte autorité : il faut combattre les passions, soit isolées dans chaque fidèle, soit groupées et coalisées dans des sociétés mauvaises, ou dans les gouvernements eux-mêmes, qui, obéissant à'des ambitions désordonnées, voudraient faire de l'Église un instrument de leurs desseins pervers.

De là sont nés des conflits nombreux, souvent extrêmes, à diverses époques de l‘histoire; et, dans ces conflits, la cause injuste n‘a pas manqué de trouver ses avocats, ses apologistes intéressés. il s'est formé ainsi une légende vraiment fantastique sur ce que l’on appelle les empiétements, l'absolutisme, l'intolérance de Rome. Des millions de volumes ont répandu ces accusations sous toutes les formes et dans toutes les langues: d’autres millions de savants ouvrages yont répondu. La science historique a fait de tels progrès en ce siècle qu'il a bien fallu, bon gré, mal gré, accepter la vérité rétablie. Il est bon nombre d’objections qui sont bien détruites, à tout jamais, et qu’un esprit tant soit peu cultivé n‘oserait plus reproduire. Mais, à défaut de faits précis, ou se retranche derrière des assertions vagues: on parle de ténèbres du moyen âge, d'obscurantisme, d‘inquisition, de tyrannie sur les esprits, etc., et'l‘on se fait une orgueillense prétention de repousser l‘Eglise au nom de la civilisation moderne, comme si cette civilisation, dans ce qu'elle a de vrai, n’était pas née des entrailles mêmes du catholicisme et n’avait pas son avenir essentiellement lié au maintien de toutes les doctrines que l'Église garde inviolables. Je ne puis descendre ici dans le menu détail de ces objections insaisissables comme des feux follets; ce serait tomber dans des redites fastidieuses. Mais, puis—'que j’ai formulé l‘objection générale, je donnerai la réponse faite par l‘éminent professeur américain J. Kent— Stone, dans le récit de sa conversion. Lui aussi, dans ses précédents discours académiques, avait sacrifié à l’idée courante d‘une inimitié entre l‘Église et le progrès. Il rappelle ces discours, et, bien qu’ils fussent très-modérés, il déclare ne pouvoir relire sans se l‘aire pitié à luiméme les passages irréfléchis qui ne rendaient justice à l'Église qu’avec partialité et à contre-cœur. Enfin, après avoirtriomphé des vieux préjugés,il adresse cette réponse générale à ceux qui les partagent encore ' :

' J. KENT-STONE, l'1nvitation acceptée, mati .r d'un retour à l'unité catholique, p. 70 à 80.

a En fait, le protestantisme doit son existence prolongéeàcette opinion, hardimentsoulenue et inculquée sans relâche, que l'Église catholique, au lieu d'être la cause, la fondatrice de la civilisation moderne, a été le grand obstacle qu'il a fallu surmonter, fouler aux pieds, pour que l'esprit humain prit possession de ses conquêtes. Que le contraire devienne évident, la Réforme perd sa base et n'a plus d'excuse. Un écrivain qu'on ne saurait acouser de faiblesse pour l’Eglise catholique affirme que le protestantisme a été obligé de refaire l'histoire et de sub0rdonner les faits à ses nécessités‘. Une croyance que l'éducation a, pour ainsi dire, soudée _ à toutes les fibres d'une cervelle humaine, devient inextricable. Elle donne un sens, une couleur à tout ce qui frappe les yeux et les oreilles. L'étudiant de la meil— leure foi est à chaque pas le jouet de l‘erreur. Les démonstrations de l'histoire n'ont plus de sens pourlui, ou plutôt il considère les faits d'un centre sujet aux illusions d'optique, et ses jugements sont viciés par sa position fausse. Que, par la grâce de Dieu, cet homme change tout à coup de point de vue, qu‘il soit transporté au sommet de la vérité, tout à coup les perspectives changent : les lignes brisées se raccordent, les abîmes sont comblés, ce qui était renversé se redresse, la où l'œil perplexe ne voyait qu'une scène confuse, un amas de contradictions, se déroule un panorama dont toutes les parties sont harmonieuses et laissent entrevoir les beautés d'un plan divin. Pour la première fois le chrétien se trouve en possession d'une philosophie intelligible de l'histoire...

' a Pour vivre, le protestantisme a été obligé de se faire une histoire a sa façon. a (Tumanv.)

a Gibbon estime, je crois, qu'il y avait à la fin du quinzième siècle une cinquantaine d‘universités; le docteur Helfenstein en donne une liste de soixante-six qui fonctionnaient au commencement de la réforma— tion. Les plus anciennes, celles de Bologne, de Paris, d'0xford, remontaient au douzième, peut-être au onzième siècle. La plupart avaient eu pour point de départ les écoles des monastères ou des cathédrales, beaucoup plus anciennes. Dans les décrets des conciles, dans les lettres des papes et des évêques nous avons les preuves les plus évidentes que, dès les premiers siècles, l‘Église travailla sérieusement à l’instruction gratuite de ses enfants. Les résultats obtenus par les universitésdu moyen âgesontsimplement magnifiques. Les jeunes gens catholiques de l'Enrope furent dévorés de la passion des lettres et se pressaient par milliers à la porte des grandes académies‘. Ils s‘asseyaient par milliers aux pieds-des grands maîtres. Si nous avions le temps de nous étendre sur ce sujet, les plans d'études et l‘ampleur avec laquelle les écoles étaient adminis; trées se disputeraient notre admiration... »

M. Kent Stone cite divers témoignages d‘historiens et de philosophes protestants anglais et américains, et il conclut : « Nous croyons en avoir assez dit, assez tout au moins pour n'être pas surpris de l'indignation de cet historien germanique, de ce vengeur protestant d'lnnocent III, lorsqu'il s‘écria brutalement : a Il n'y a a que les esprits superficiels, que ceux qui n‘ont pas étu— u dié les documents, qui sont aveugléspar la prétendue a supériorité de leur époque ou leur haine systéma« tique, qui osent accuserl'Eglise d‘avoirfavorisél'ignoa rance ‘. » N0us en avons dit assez pour comprendre comment un réformateur anglais, écrivant au Pape, crut devoir s‘humilier et confesser sa honte d'avoir passé cinquante-deux ans de sa vie à décrier la religion de ses pères, cette religion quia nourri les pauvres des aumônes et des revenus de l‘Église, cette religion qui inspira la générosité et la piété des architectes auxquels nous devons les monuments qui font notre admiration, ces hommes quiontouvert tant de retraitesà la science, promulgué les lois, fondé les institutions qui font l'or— gueil de l'Angleterre’. »

1 Le nombre des étudiants aux principales universités semble aujourd’hui tout à fait romanesque. En 1262, Bologne en comptait 10,000; en 13%, l'université de Paris en avait autant; Salamanque et Vienne,cbacune environ 7,000.

Il serait facile de multiplier encore les citations d'auteurs qui, vaincus par l'évidence des faits loyalement étudiés, ont rompu avec la tradition légendaire des historiographes protestants. Je préfère ne mentionner que ceux qui ont paru produire l‘impression la plus décisive sur l‘esprit du professeur Kent Stone, espérant que cette impression ne sera pas moins forte pour ceux qui auraient à faire le pas du converti américain.

Je crois fort peu, d'ailleurs, à lavaleur de cette catégorie d‘objections dans les luttes intimes de l’âme. Elles façonnent, il est vrai, l'opinion publique des masses séparées de l'Église : on les enseigne dans les écoles populaires; ou les mêle à la prédication dans les temples; elles servent surtout de thème inépuisable aux orateurs politiques. Elle forment ainsi comme un tourbillon de poussière habilement soulevé autour de l‘édifice catholique pour empêcher les regards

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