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nissime princesse de Brunswick-Wolfenbuttel peut l'embrasser... »

Ce qui était bon pour la princesse l'est pour d'autres de moindre rang. Chaque âme est d'un prix égal devant Dieu; chacune vaut la peine d'une consultation semblable a celle des théologiens de Helmstadt. Mais le meilleur conseil est celui de la conscience. S'il s'agissait d’un intérêt temporel à confier à la garde du protestantisme ou à celle du catholicisme, nul ne se déciderait sans avoir mûrement pesé et comparé les chances de succès d'un côté ou de l'autre; et nul n'h’”siterait à passer de l'un à l’autre quand il entendrait l'unanimité des témoignages affirmer que la sécurité est complète dans le catholicisme, tandis que la sécurité dans le protestantisme paraît douteuse même à ses propres adhérents. Or il ne s'agit pas d'un intérêt temporel, mais de l’intérêt éternel de l‘âme. Qui donc voudrait être moins prudent pour son âme immortelle que pour un bien terrestre?

CHAPITRE 1X

L’EUCHARISTIE. — Nécessité du culte divin. -— Point de religion sans le sacrifice. — Prophétie du sacrifice perpétuelde la nouvelle Alliance. —- Unité du sacrifice nouveau et sa multiplicité. — Sacrifice unique du Calvaire reproduit en tout lieu par le sacrifice de la messe. -—— Première promesse de la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. — Question des Caph‘crnaïtes sur la possibilité de la présence réelle. — Réponse de fait par l'institution de l'Eucharistie et la transsubstantiatiou. —Preuve defait de la foi de l'humanité. — Eucharistie centre de tout le culte du christianisme. —- La Dispute du Saint Sacrement de Raphaël. — Foi s la divinité de Jésus-Christ sauvegardée par la foi à l'Eucharistie.

Le protestantisme est la seule religion qui n'ait point de sacrifice et de moyen d'adoration publique. — Adoration en esprit et en vérité par l'Eucharistie. — Comment Jésus-Christ est toujours victime dans le sacrifice de la messe. — Conséquences pratiques pour la piété. — Beautés et symbolisme des cérémonies de la messe. — Désir des théologiens luthériens actuels de rétablir la ‘ réalité du sacrifice eucharistique.

Culte de la sainte Vierge et des saints. — Marie, Vierge immaculée, mère de [Homme-Dieu, est donnée pour mère aux chré

tiens au pied de la croix. — Son culte n'est pas une adoration. — Désir de quelques protestants de le rétablir. — Il se rapporte au culte de Jésus-Christ. —— Ce qui est obligatoire et ce qui est

facultatif. — Culte des saints légitimé par les exemples de l’Écriture. — Images ordonnées par Dieu pour l'Arche sainte.

Dieu en créant l’homme à son image et à sa ras-— semblance lui a imprimé au cœur le sentiment indestructible de sa sublime origine. Toutes les vérités de la révélation primitive se sont perdues ou altérèes

chez les peuples idolâtres; néanmoins, la pensée d'un Être suprême, qui régitles choses du monde, s’est per— pétuée à travers tous les siècles et s’est toujours manifestée par un culte public rendu à la divinité. Il n’y a jamais en de peuple sans religion, c’est-à-dire sans un ensemble de croyances et de pratiques servant à relier l’homme àson Dieu. Et cette religion n'était pas seulement un fait individuel, c'était une institution sociale, constituant, outre le lien entreles hommes et la divinité, un lien entre les hommes eux-mêmes, plus fondamental et plus fort que le lien politique. « Jamais État, dit Rousseau, ne fut fondé sans que la religion ne lui servit de base '. 1!

Or, l’élément essentiel du culte divin est le sacrifice. Ici encore la tradition est identique chez tous les peuples : tous ont en leurs autels et leurs sacrifices; ils les ont souvent souillés de carnage et de sang humain, mais ces excès mêmes témoignent de l'absolue néces— sité où les hommes se voyaient de reconnaître publiquement leur dépendance d’un Dieu et leur état de culpabilité à l'égard de ce Dieu. Le sacrifice, en effet, signifie ces deux choses : domaine suprême de Dieu sur les créatures exprimé par une destruction ou une immolation, et substitution d'une victime à l’homme qui s’avoue lui-même digne d'immolalion pour ses torts envers Dieu. Les sacrifices sanglants se retrouvent partout et s'expliquent par la parole de saint Paul (Hébr., 1x, 22): a Sans effusion de sang, il n'y a point de pardon. n Le peuple hébreu n’échappe pas à la loi commune. Malgré tout le soin que prend Moïse de le tenir éloigné de ce qui ressemble aux pratiques des idolâtres, il établit une législation minutieuse des sacrifices sanglants : Dieu le veut ainsi. Toute la religion d’Israël repose sur le sacrifice; il fallait que les tribus vinssent périodiquement sacrifier au temple unique de la cité sainte. Aujourd'hui encore, les Juifs de la dispersion emportent avec eux à travers le monde leurs sacrificatures antiques.

' Con/rat social, liv. 1V, ch. Vin, p. 160.

Le christianisme n‘est pas venu supprimer la loi, mais la perfectionner. (MATTH., V, 17.) Les victimes et les holocaustes n‘étaient que la figure d‘un sacrifice plus parfait, mais qui ne doit pas être moins permanent sous la nouvelle Loi de grâce. Les prophètes voient et annoncent la victime pure qui s'immolera sur l’autel des chrétiens et semblent l’adorer de loin avec nous. Malachie, le dernier des prophètes, est le plus expressifä ce sujet : a Du levant jusqu'au cou« chant mon nom est grand parmi les nations, et en a tout lieu on sacrifie et l‘on offre a mon nom une vie— « time pure, parce que mon nom est grand parmi les a nations, dit le Seigneur des armées’. 72 Plusieurs siècles auparavant, David montrait dans le ciel même la préparation de ce sacrifice universel et perpétuel; c'est Dieu qui parle a son Fils éternel et le déclare à la fois le prêtre et la victime de la nouvelle Alliance : a Le Seigneur l'a juré et ne changera pas; tu es prêtre pour l'éternité selon l‘ordre de Melchisédech’. » Le sacrifice sanglant de l'ancienne Alliance est confié à la postérité d’Aaron et ne doit avoir qu‘un temps; mais il s’agit ici d’un autre sacrifice et d‘un autre sacerdoce : Melchisédech est un contemporain d'Abraham, roi et prêtre, qui offrit au Très—Haut du pain et du vin ‘; c'est donc un sacrifice semblable que, jusqu’à la fin des siècles, le Verbe incarné doit offrir à son Père. Saint Paul consacre quatre chapitres (vu-x) de l’Épitre aux Hébreux à démontrer la prééminence du sacer— doce du Christ sur celui de la Loi ancienne. La sublimité de ce sacerdoce ressort du nom même de Melchisédech, qui, selon l'Apôtre, signifie a roi de la justice et de la paix n ; elle ressort des rapports de Melchisé— dech avec Abraham, qu‘il bénit, dont il reçoit la dîme, comme de Lévi même, et auxquels, par conséquent, il est évidemment supérieur; elle ressort de la perpé— tuité promise par l'institution divine, accompagnée du serment solennel dont parle David. C'est pourquoi, en entrant dans le monde, Jésus—Christ dit à son Père : u Vous n'avez pas voulu d'hostie ni d'oblation, mais vous m'avez formé un corps... J‘ai dit ensuite : Me voici, je viens faire, 6 Dieu! votre volonté... C'est en vertu de cette volonté que nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus—Christ faite une seule fois... Ayant offert une seule hostie pour les péchés, il est assis pour toujours à la droite de Dieu, attendant, pour le reste, que ses ennemis soient posés en esca— beau sous ses pieds’. » D’où, enfin, l'excellence du sacrifice nouveau apparaît si parfaite qu'il doit être unique et subsister seul, comme le centre rayonnant de tout le culte et de toutes les adorations de l‘huma— nité entière.

'MALACH., 1, H. 9 I's. cxx, h.

La merveille suprême sera de concilier cette unité du sacrifice de la Croix avec sa répétition en tout lieu

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