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les mariés, ceux—là seuls qui ont cessé d'être époux? » (Hierom. adv. Vigil,. c. i).

L'Église d'0rient, il est vrai, a faibli sur ce point de discipline. Un ronciliabule de deux cent onze évêques réuni à Constantinople en 692, sous la pression de l'empereur Justinien Il, décida de rompre avec les règles du célibat, strictement suivies jusqu'alors, et de les modifier en ce sens qu'un homme marié pourrait encore être ordonné prêtre, sans se séparer de son épouse, mais qu'aucun prêtre ne pourrait plus se marier après son ordination. Le célibat continuait de rester obligatoire pour les évêques et les religieux. Mais on sait dans quel état lamentable est tombée cette Église d'Orient, où la qualification de_fils depope estla suprême injure que l'on puisse adresser à quelqu'un.

On pourrait ajouter que le célibat est une question de discipline intérieure qui ne concerne que les prêtres eux-mêmes. Qu'importe aux ennemis de l'Église que les prêtres soient mariés ou non? Il y a bien d'autres célibataires dans la société, et personne ne leur en fait un reproche! Si l'on s'en prend au célibat du clergé, c'est qu‘il est le rempart de l‘honneur, de la force, de la sainteté et de l'indépendance de l‘Église. « Celui qui n'est pas marié, dit l‘apôtre saint Paul, a (I Corinth., V11, 32-33), met sa sollicitude à plaire « à Dieu. Celui qui estmarié s'occupe du soin des choses a du monde et de plaire àsa femme, et il est partagé. » Eh bien! le prêtre ne doit pas être partagé; il faut qu'il soit tout à Dieu et au ministère de Dieu. Ce ne sont pas les ennemis de l‘Église qu'il faut consulter dans ces intérêts d'une ordre si élevé, ce sont les fidèles, ceux qui veulent voir fleeurir la religion pour eux-mêmes et pour la société. Or ce ne sont pas les

pieux fidèles qui se plaindront jamais du célibat; ils diront au contraire que la vraie piété n'est possible qu‘à. cette condition, et, en particulier, que la confession, source de la moralité des peuples, ne pourrait jamais se faire d'une manière générale qu'à des prêtres non mariés.

Et qu'on ne dise pas qu‘il yades abus. L'Église veille scrupuleusement; elle écoute même les calomnies et les soumet à son contrôle. Il y eut sans doute un abus de la part de Luther, il y en a de retentissants dans des temps plus rapprochés de nous. Mais ces défections ne servent qu‘à faire briller davantage la vertu du clergé fidèle. Je l'écrivais en 1873 à M. Loyson ' :

a La chute d'un prêtre fait plus d'éclat dans le monde que la fidélité constante de dix mille. Cette inexorable sévérité de l'opinion publique est le plus bel hommage rendu à la vertu non fictive, mais réelle, des prêtres. On ne leur pardonne rien, parce qu'on en attend tout.

1 Lettre à M. Charles Loyson, p. 33-35.

' Les vieux-catholiques d'Allemagne n‘ont pas admis d'emblée l'abolition du célibat comme ceux de France, qui se sont mis au service des gouvernements suisses. Le 17 mai 1873, dans une réunion de vieux-catholiques à Munich, le professeur Friederich exposa ainsi les principes :

4 M. Friederich a exprimé ses regrets du mariage du Père Hyacinthe. Le Père Hyacinthe remplit les fonctions de prêtre, et il est marié. Mais, comme prêtre et comme moine, il était lié par des vœux éternels, et le célibat, quoique ne reposant que sur une loi disciplinaire, ne peut être levé que par l'organe compétent de l'Église. 1 (Cité par la Patrie, journal radical de Genève.)

M. Dœllinger indique aux protestants la convenance du célibat à un point de Vue d'édification publique :

1 Se souvenant de certaines exhortatious de saint Paul, les protestants doivent reconnaître qu’il convient à l’Église d'avoir une classe de ministres qui renoncent volontairement à la vie de famille, pour se vouer exclusivement au service du troupeau, et pour offrir aux laïques, que la pauvreté ou leur position condamnent si souvent, de nos jours, au célibat, un exemple de continence et une preuve éclatante qu'elle n'est pas impossible. l (La Réunion de: Eglires, p. 150. Paris, 1880.)

a Ils ont répondu et ne cesseront pas de répondre à cette attente de la conscience humaine. Ils y répondent li_hflrement ; une expérience magnifiqueestvenue prouver combien la conscience de chaque prêtre est fortement armée contre toutes les séductions. Le clergé français, dispersé pendant la Révolution chez toutes les nations ä?aŸigères, en Angleterre et en Suisse surtout, y a porté sans 'tache l’honneur du célibat; ces milliers de prêtres de tout âge, loin des regards de l‘autorité, environnés de dangers, sollicités par l'atmosphère générale d'impiété de cette heure sans égale, poussés par les misères d'une existence errante, ces milliers de prêtres n'ont pas eu besoin d‘autre gardien que Dieu et la conscience pour tenir l'inviolabilité de leurs vœux et laisser aux nations protestantes, comme prix de l'hospitalité reçue, ce sublime exemple qui a créé chez elles une si vigoureuse impulsion vers le catholicisme.....

« Vous croyez encore à la présence réelle, et je ne sais s‘il ne serait pas préférable que vous n'y crussiez pas, -—— le cœur serait moins révolté et moins navré de vous voir monter à l'autel; — vous prononcez les paroles de la consécration; que dites-vous? Ceci est mon corps. Ce calice est mon sang. Ce n'est pas votre sang, c'est le corps et le sang de Jésus—Christ; vous parlez donc comme si vous étiez Jésus-Christ lui—même en personne, tellement le prêtre est l'homme de Dieu. C'est ici surtout que la pureté de l'ange doit sanctifier ces lèvres qui prononcent des paroles si augustes, ces mains qui portent le corps adorable du Dieu sauveur. Dans les règles de l'honneur et du dévouement des hommes entre eux, le simple désir d'un prince est un ordre pour la cour; le désir du Roi des rois ne sera-t-il pas un ordre strict pour le prêtre son ministre? S'il désire la virginité, que] est le prêtre qui oserait lui offrir son ministère sans la fleur de sa virginité?

a Non, l'Église n'a pas trop exigé, non, le sens moral et religieux des fidèles n'exige pas trop du prêtre. Quelle que puisse être la sainteté du mariage pour le reste des hommes, la sainteté du prêtre doit être infiniment supérieure; Joseph de Maistre l'a dit avec une saisissante vérité ‘ : « L‘homme irréprocha— « blé aux yeux du monde peut être infâme àl'autel. n

' Du Pape, liv. Ill.

CHAPITRE XI

La courassxom ET LES INDULGENCES. — La confession répond à un besoin profond de l'âme. — Thèse de M. Ernest Naville. — Sacrement de pénitence dans l'ensemble du christianisme. — Accord de la miséricorde et de la justice. —- Rédemption. — Part d'expiation exigée de l'homme. — Le péché devant la Société pastorale suisse, à Genève. — Enfer supprimé. — Magistrature spirituelle établie pour le pardon ou la retenue des péchés. -—— Institution divine de la confession. — Impossibilité d'une invention humaine. —— Harmonieuses dispositions du sacrement de pénitence. — Tentatives des protestants pour rétablir la confession. —- Peine due au péché. — Rêmission de la peine par les indulgences. -— Solidarité humaine,dans la communion des saints. — Pensée de Leibnitz sur la mission du confesseur.

En 1839, M. Ernest Naville, qui devait plus tard acquérir la réputation d'éminent philosophe dont il jouit aujourd'hui, présentait à la Faculté de théologie de Genève ses thèses de doctorat sur le sacerdoce dans l’Église chrétienne. Il s'exprimait ainsi au sujet de la confession :

a Il me semble qu'il suffit de descendre en soi-même pour comprendre combien l'Église romaine, avec les grâces dont elle dispose et sa divine autorité, lrou've d'appui dans les besoins les plus profonds de notre âme. Qui n‘a désiré quelquefois, au milieu des polémiques sèches et passionnées tout ensemble qui défigurent la religion du Sauveur, ballotté par les flots de l'incertitude et du doute, trouver un port tranquille dans une autorité qui pût lui dire : Ici est la vérité?

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