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testantes, de provoquer des discussions ni publiquesni particulières, ni d'entrer dans ces luttes de paroles qui n'ont jamais abouti qu'à réchauffer l‘orgueil et à resserrer les liens qui enchaînent les esprits à l'erreur. Ils se Contenteraient d'exposer les doctrines catholiques, toujours appuyés sur la parole de Dieu; de donner des éclaircissementsà ceux qui les demanderaient, et d'ou— vrir à tous les trésors de la grâce d‘en haut. Dés l'instant où un certain nombre de réunis auraient goûté les douceurs spirituelles qui se rattachent si abon— dantes à la possession de l‘éternelle vérité, on verrait la foi gagner de proche en proche, et l'unité religieuse bientôt donner au monde ce repos de conscience et d'esprit dont,il a tant besoin '. n

L’éloquent appel de l'évêque d'Annecy ne fut point entendu. Les rois protestants subissent eux-mêmes le joug de cet étrange pouvoir spirituel dont ils sont investis. C'est une tunique de Nessus dont ils ne peuvent se dépouiller. Comme si les États réformés avaient voulu s‘interdire toute possibilité de retour, ils imposent à leurs chefs la condition de demeurer toujours fidèles au schisme du seizième siècle; c'est ce que stipulent encore les Constitutions qui régissent actuellementla plupart d'entre eux. Un prince de Mecklembourg, converti récemment, a dû signer une renonciation à la succession ducale. La Constitution du Danemark dit, art. 5 : a Le Roi doit appartenir à l'Église évangélique luthérienne. » La Constitution de la Suède dit, art. 2 : a Le Roi devra toujours professer la pure doctrine évangélique de la confession d'Augsbourg. n La Constitution d'Angleterre dit, art. 62:

‘ Lettre au roi de Prune, p. 293.

a Le souverain du Royaume-Uni doit professer la reliu gion anglicane. Tout changement de religion, toute « union avec une catholique entraînent pour le prince « régnant ou pour son héritier la perte de tous leurs a droits. 72 Et l‘article 63 ajoute que le Roi est qualifié de a défenseur de la foi n, comme si ce titre donné par le Pape à Henri Vlll avant son apostasie pouvait être loyalement réclamé en héritage par un prince tenu de «professer la religion anglicane n !

Ainsi, la liberté de conscience n'existe pas pour les souverains protestants. La seule influence capable de produire un entraînement général dans la nation est d'avance condamnée à disparaître du trône, si le prince venait à avoir assez de courage pour faire une profession de foi selon le symbole des apôtres et l‘Évangile de Jésus-Christ. _

Voilà comment l’organisation nationale des églises protestantes est un immense obstacle au progrès de la vérité chrétienne.

Le second obstacle, ai-je dit, est la tradition autoritaire qui domine ces Églises.

Je n‘entends point parler ici de l‘autoritarisme de la loi politico-religieuse, mais bien de celui qui règne dans la direction ecclésiastique pure. La Bible est fort: . répandue, et il est convenu qu‘elle doit diriger la foi et la conscience du croyant protestant. Les ministres sont censés dépourvus d'autorité hiérarchique : ils sont là simplement comme des hommes plus experts que d'autres dans les choses de la religion, parce qu'ils en font leur occupation spéciale; à ce titre ils peuvent être de quelque utilité pour aider l'instruction des fidèles, mais ceux-ci doivent se faire leur conviction par eux-mêmes et parvenir à une foi éminemment per— sonnelle, tirée de leur propre raison. Ainsi, dit-on, le protestant se distingue essentiellement du catholique : le premier n‘obéit qu'à la raison, tandis que l'autre obéit à l'autorité. Telle est la théorie en vogue sur les mérites respectifs de la foi protestante et de la foi catholique.

Or, la théorie se trouve-t-elle vérifiée dansla réalité? Nullement. Le ministre instruit ses catéchumènes, comme le curé fait son catéchisme aux enfants. Il y a une réception des catéchumènes, après examen officiel, comme il y,a l’admission à la première communion après la préparation suffisante du cœur et de l'intelligence. Il y a le prêche de chaque dimanche au temple, comme il y a le prône à l'église. Il y a l'enseignement des facultés protestantes, comme il y à l'enseignement du prêtre au grand séminaire. Sans pousser plus loin ce parallèle, il est facile de voir que tout procède par autorité dans le protestantisme, bien plus que dans le catholicisme. Une différence seulement : c'est que l‘autorité catholique est légitime, constante, uniforme, toujours d'accord avec elle-même et avec toute la tradition apostolique, tandis que l'autoritéprolestante est _ arbitraire, exclusivement humaine, variable, en coutradiction avec elle—même et avec toute la tradition des apôtres et des siècles chrétiens.

Je tiens à ne pas laisser croire que ce soit là seulement mon appréciation personnelle. Voici encore le témoignage de M. le professeur Astié, de Lausanne; je l'extrais du rapport déjà cité:

a En dépit des travaux des sociétés bibliques dont a on fait tant de bruit, on lit de moins en moins le a saint volume, et on ne le lit pas parce qu'on ne le u comprend pas. Pour le fidèle, il n'est trop souvent

a qu'une espèce de liturgie, qui passe pour avoir une a efficace magique et qu'on ne se donne pas la peine «de comprendre. Ceux qui en pourraient saisir le a sens se tiennent à l'écart, parce qu'on ne leur donne u pas la clef du livre. Pour la grande majorité du a public, qui a entendu parler des questions crie tiques, les Écritures sont sous le coup d'une suspia mon... »

Ainsi la Bible n‘est ni lue ni comprise. Les ministres du moins vont-ils y suppléer en Ine parlant qu'un langage biblique à leurs ouailles? Écoutons la réponse de M. Astié :

a Le mal est donc aussi grand qu'il puisse être; la a crise n'est pas aiguë, mais nous souffrons d'anémie. « De la la faiblesse extrême, la pauvreté de notre pré« dication. Faute d'oser donner du nouveau, nos prédia cateurs qui ont encore de l'ambition et du talent sont «réduits à faire simplement œuvre de rhéteurs en « renouvelant la forme, disent-ils, de certaines vieilles «vérités. Du côté droit, on se préoccupe trop exclusi« vernent des ignorants, des fanatiques, ou bien des u hommes qui, naturellement religieux, se contentent « toujours de ce qu'on leur donne sans y regarder de a trop près. Il faut bien qu'on ménage ces fidèles-là, «car on s'exposerait, en les faisant fuir des églises « par une prédication plus actuelle, plus virile, à ne a pas les voir remplacés par d‘autres. — Du côté a gauche, la prédication s'alimente trop exclusivement « des ressources précaires de la polémique courante : a aussi, dès qu'on a vaincu l'adversaire, on n'a rien à a dire. Le vainqueur, enseveli dans son triomphe, se « morfond à attendre de rares auditeurs dans des «églises vides. Ils ne se pressent en foule que les

«jours d'élection, quand il s’agit de choisir un pasa leur abondamment pourvu de toutes les qualités u requises pour empêcher qu'elles ne se remplissent « les dimanches ordinaires '. n

Que devient le fidèle protestant, entre cette Bible « dont il n’a pas la clef» et les prédicateurs qui ne la lui ouvrent point? Il devrait, semble-H], se défier de ces prédicateurs et chercher ailleurs des moyens de s'éclairer. Eh bien! c'est le contraire qui arrive. Chaque ministre réussit à former son groupe d‘amis qui ne jurent que par lui. Les anciennes confessions de foi n'existent plus: ce qui les a remplacées, ce sont les noms des ministres. Toute la foi protestante moderne des ouailles consiste à être pour M. le ministre A..., pour M. le ministre B..., pour M.le ministre X..., Y... Chaque samedi les consistoires font publier la liste des prédicateurs du lendemain; cette liste est toute la Bible du peuple : chacun y cherche son ministre préféré, et s'il n’en voit pas le nom, il n’ira pas au temple; si M. le ministre A... est enrhumé ou s'il prend ses vacances, sa troupe s'abstiendra du culte jusqu'à son retour, car il n'y a pas de religion sans lui. Il arrive ainsi qu'un temple sera plein quand le tour du prêche est à M. X..., et vide quand c‘est le tour de quelqu'un dont la clientèle personnelle n’est pas fondée. N'est-ce pas la une religion d'autorité, et ' une autorité de la pire espèce? On parle avec une cer— taine pitié de ces antiques écoles de philosophie où les disciples n’avaient pour dernier criterium de vérité que la parole du maître : Magister diæit. Les protestants modernes n'ont guère un meilleur sort; voici

1 Revue de théologie et de philosophie, 1883, p. 30.

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