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comment M. Dœllinger le dépeint, d‘après le témoi— gnage des chefs de l'Église allemande :

a Le premier prélat de l'Eglise saxonne, Liebner, a peint récemment des plus sombres couleurs l'absence complète de connaissance chrétienne que l'on remarque actuellement dans l'Église évangélique allemande, soit au sein des masses sans éducation, soit chez les personnes d'un esprit cultivé... Les laïques peuvent répondre aux théologiens: Vous nous reprochez la nuit de notre ignorance théologique, mais donnez-nous donc le fil d‘Ariane qui pourra nous conduire hors du labyrinthe du doute et de l'incrédulité. Donnez-nous seulement une réponse claire à cette question la plus pressante de toutes : Qui devons-nous croire? Le pré— dicateur isolé qui nous parle du haut de la chaire autour de laquelle le hasard nous a rassemblés? Le Consistoire du pays? La faculté de théologie de l'Université? Le souverain politique, évêque suprême? Les livres théologiques, dont chaque théologien a secoué le joug? Notre jugement privé sur les divers passages de la Bible? Nous prenons en main vos plus récents cémmentaires sur la Bible, comme pouvant nous aider et nous mettre sur la voie. Qu'y trouvons-nous? Dix explications différentes d'un seul et même passage, soutenues chacune par le nom d'un célèbre théologien... Nous demandions du pain, et vous ne nous avez donné que des pierres! Vous avez toujours à la bouche la liberté spirituelle, et vous nous imposez un joug d'airain, vous exigez de nous, laïques, l'asservissement de l'esprit. Nous devons accepter et croire les dot:— trines d'un prédicateur qui n‘est lié lui-même par aucune autorité supérieure, qui n'est soutenu par aucune vaste société doctrinale. Un d'entre vous cependant s‘exprime ainsi : Une assemblée ne peutpas être plus tyrannise’e que lorsqu‘un seul individu est autorisé par son ministère à la soumettre à l’arbi— traire illimité de ses opinions particulières. (KARSTEN, l’Église protestante, p. 29.)

« Quand Liebner affirme cependant que sa théologie et celle de ses collègues portent en elles tous les moyens de salut dont le temps présent a besoin, mais seulement comme doctrine secrète, il est évident qu'on ne peut se former aucune opinion sur ce mystère. Toutefois, d'autres ontportésurlalhéologiedujourdesjugements très-différents. Le professeur Krafft, de Bonn, et le prédicateur de la Cour, Beyschlag, devant l'assemblée de l'Alliance évangélique, à Berlin, ont accusé la théologie orthodoxe moderne d'être une des principales causes de l'impuissance religieuse du protestantisme allemand.

a Les Sociétés bibliques, depuis cinquante ans, ont distribué en Allemagne, comme partout, des millions de bibles. Le protestant le plus pauvre peut maintenant se procurer sans beaucoup d'efforts une bible allemande. Quel résultat a-t-on obtenu? C'est que maintenant, à ce qu'assurent les prédicateurs eux-mêmes, aucun livre n‘est moins la que la Bible. a Sur cent familles chrétiennes, _à peine s'en trouve-t-il une où la Sainte Écriture soit encore lue ‘. » (THOLUK, Liter. An. 1845, p. 289.)

Donc, plus deBible, point de théologie accessible au peuple; une seule chose représente encore le protestantisme : c'est le ministre, du haut de sa chaire ou au milieu de ses catéchumènes. La foi des ouailles est toute faite de l'ascendant personnel que ce ministre,

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tantôt orthodoxe, tantôt libéral, saura prendre sur elles. L'autorité de ce ministre ne s’appuie sur aucune base fixe, sur aucune société doctrinale : elle ne relève que d'elle—même et peut se permettre tous les écarts, surtout dans les Églises démocratisées.

Je ne veux envisager cette situation qu’au point de vue des retours au catholicisme. Il est évident que c'est là un des plus grands obstacles, car les fidèles ne réfléchissent pas, ne s'instruisent pas eux-mêmes, et il est bien certain que ce ne sont pas leurs ministres qui leur diront de douter, d'examiner, de faire la comparaison entre les diverses Églises et de choisir le catholicisme, s'il paraissait être la meilleure religion. Le peuple a perdu son énergie et sa fermeté morale. « Qu'arriverait-il, dit encore M. Dœllinger, si la connaissance du réel état des choses pénétrait de plus en plus dans la classe du peuple proprement dit et même, d'abord, dans le cercle des laïques instruits? Voici une vérité qui sonne comme un paradoxe, mais qui frappe vivement tous ceux qui jettent sur les faits un regard profond : L'indifl"e’rence universelle des esprits cul— tivés, en ce moment, pour tout ce qui regarde l’Église, est la protection la plus forte et la plus sûre de l’Église protestante. Si jamais ces esprits portent un vifintérèt aux choses religieuses, s'ils prennent en main la Bible pour l'examiner eux-mêmes, s'ils posent des questions touchant le contenu et l’autorité des confessions de foi, alors viendra pour eux le momentde la désillusion ‘. 1) Bien avant Dœllinger, le cardinal Pacca avait déjà consigné des observations analogues dans ses Mémoires sur la noncialure d’Allemagne.

l L’Église et les Églises, p. 34| .

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a Dans majeunesse, dit-il, lorsque je lisais l‘histoire ecclésiastique de ces derniers temps, je ne pouvais assez m'étonner de voir subsister encore dans une grande partie de l'Europe, après trois siècles, la prétendue réforme de Luther, alors que les dogmes de l'Église catholique ont été vengés dans tant de chefs-d’œuvre, et que tant d'illustres pontifes qui se sont succédé sur la chaire de Saint-Pierre avaient, par la profondeur de leur doctrine et la sainteté de leur vie, victorieusement réfuté les assertions calomnieuses des coryphées du protestantisme. Cet état de choses m’étonnait, comme je viens de le dire; mais lorsque le saint pape Pie Vl m'eut envoyé comme nonce apostolique dans le pays où dominait l'hérésie, je pus connaître les causes qui maintenaient dans la prétendue réforme ces diverses provinces et royaumes. Je vis que la douloureuse séparation de nos frères errants provenait de ce qu'ils ne connaissaient et ne voulaient pas connaître la vraie doctrine de l‘Église catholique.

« Dès qu'un jeune protestant est en âge de recevoir l’instruction religieuse, ses parents, ses maîtres, les pasteurs de la secte lui répètent que l'Eglise romaine a corrompu la doctrineenseignée par Jésus—Christ; qu'elle préfère aux divines Écritures et aux paroles mêmes du Rédempteur les paroles d‘un souverain pontife et le décret d'un concile; que l’Église romaine, en s’éloignant de la vraie foi, est tombée d’erreur en erreur dans l'exécrable crime de l‘idolâtrie; qu'elle fait adorer les images de la sainte Vierge, mère de Dieu, et celles des saints, comme les aveugles idolâtres adoraient les images et les statues deleurs fausses divinités; que le Souverain Pontife est l’homme de péché, le fils de perdition, l’Antechrist dont parle saint Paul; que, regardé comme Dieu lui-même, il commande ce que Dieu défend et défend ce que Dieu commande.

« Imbu de ces fausses maximes, le jeune protestant conçoit une invincible horreur pourl'Église catholique et ne s'applique pas à examiner, lorsqu'il avance en âge, ces accusations calomnieuses. Si quelquefois il éprouve une vague inquiétude sur l'avenir, s'il s'élève dans son esprit quelques doutes sur la vérité de la secte dans laquelle il est né, au lieu de reconnaître dans cette inquiétude et ce doute un trait d'amour, la voix de la grâce divine qui l’appelle dans le sein de la vraie Église, il les rejette avec horreur comme une tentation et les déteste comme une inspiration de l‘enfer.

« Quelques-uns de ces jeunes gens jettent bien un coup d'œil sur les ouvrages d'érudition sacrée écrits par des auteurs catholiques, mais sans aucune attention sérieuse, et de la même manière que nous recher— chons dans les auteurs classiques les rites et cérémonies de la religion grecque ou romaine. D'autres, surtout parmi ceux qui se destinent à être ministres ou prédicants, recherchent les ouvrages catholiques et les lisent avec avidité, mais dans quelles intentions ?. . . Semblables à ces avocats qui étudient les mémoires de la partie adverse non pour s'instruire de la vérité et reconnaître pour qui est le bon droit, mais uniquement afin de trouver le moyen de réfuter les raisons qui y sont exposées, ces jeunes gens, prévenus par les préjugés de leur secte, étudient les auteurs catholiques non pour connaître la force des arguments proposés en faveur de la doctrine de l'Eglise, mais pour trouver les moyens de les éluder par des sophismes et de

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