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l‘Église catholique gardienne infaillible de ses révélations, et qu‘en dehors de cette Église, il n'y a ni christianisme complet ni voies directes de salut. L'Église, jugeant donc ce genre de discussions inutiles et propres à exciter encore davantage l'attachementpassionné aux erreurs débattues, le défend aux catholiques ou ne le permet exceptionnellementqu'avec de sages réserves. Il y a quelque chose de plus honorable pour les protestants que d'être livrés aux hasards et aux excès d‘une lutte de personne a personne, c'est d'être appelés à s'expliquer avec l'Église elle-même, avec un concile où ils trouveront toutes les garanties de prèvenance, de charité, de sagesse, de science et de haute impartialité. L'Église respecte et estime assez l'âme_des protestants pour leurtendre les bras, chaque fois qu'elle ouvre ses assises solennelles des conciles. Pie IX leur a notifié le concile du Vatican. Le concile de Trente les sollicitait de se présenter et leur garantissait pleine liberté de la parole. Tous les sauf-conduits désirables leur furent accordés, dans les termes mêmes réclamés par eux. Voici celui que l'on peut lire dans les actes du concile de Trente, session XVIII’ : a Le saint concile de Trente, œcuménique et général, légitimement assemblé sous la conduite du Saint-Esprit, les mêmes légats du Saint-Siège apostolique y présidant, déclare et certifie qu'il a donné et accordé, donne et accorde, par ces présentes, assurance publique et pleine et entière liberté, qu'on appelle communément sauf—conduit, à tous et chacun, prêtres, électeurs, princes, ducs, marquis, comtes, barons, nobles, gens de guerre, gens du peuple, et à tous autres, de quelque état, condition et qualité qu'ils soient... de venir librement dans cette ville de Trente, y rester, demeurer et séjourner ; comme aussi y proposer, déduire, traiter, examiner et discuter, avec le concile même, toutes sortes d’affaires; y représenter et mettre en avant en toute liberté, par écrit ou de vive voix, toutes les choses et tels articles qu'il leur plaira; les expliquer, soutenir et défendre par les Saintes Écritures, et par les paroles, les passages et les raisons des Saints Pères; et même, si besoin est, répondre aux objections du concile général; disputer et conférer charitablement avec ceux qui auront été choisis pour cela par le concile, sans aucun empêchement et sans reproches, injures ni invectives; entendant pour cet . effet, sur toutes choses, que les matières qui sont en controverse se traitent dans ledit présent concile de Trente suivant l'Écriture Sainte et la Tradition des apôtres, les conciles approuvés, la croyance unanime de l'Église catholique et les autorités des Saints Pères. Et ajoutant ceci nommément, que les susmentionnés ne puissent être punis en aucune manière sous prétexte de religion, ou de délits commis déjà ou qui pourraient être commis à ce sujet... Et s'il arrivait qu‘après la conclusion des affaires, ou même avant qu'elles fussent terminées, ils eussent volonté, ou quelqu'un d'eux, de se retirer de leur propre mouvement, ou par ordre de leur propre supérieur, consent ledit concile qu'ils puissent incontinent s'en retourner librement et sûrement, selon leur bon plaisir, sans qu'on leur fasse naître obstacle, incidentni retardement quelconque]. »

Les garanties, on le voit, ne pouvaient être plus explicites, ni le désir du concile plus ardemment exprimé. Néanmoins les protestants usèrent de mille

' Concil. Trid., sess. XVIII.

64 LE PROTÉSTANTISME VU DE GENÈVE, EN 1886.

subterfuges et ne voulurent jamais répondre à la charitable invitation.

Le Pape envoya des nonces à Henri Vil], à Gustave Wasa, aux États protestants d'êllemagne et à ceux de la Suisse. Gustave Wasa et les États protestants suisses ne répondirent pas. Henri Vl[l écrivit deux lettres dans lesquelles il déclare qu'il ne prendra jamais part à un concile présidé par le Pape, où qu‘il soit tenu. Les États protestants d'Allemagne assemblés à Naumhourg rèsolurent de n'envoyer personne de leur part au con— cile et d‘empêcher les évêques d’Allemagne d‘y aller, en leur faisant craindre les désordres qui pourraient arriver en leur absence, s'ils s'éloignaient de leur Église '. .

Que de maux temporels et spirituels eussent été épargnés au monde, si les protestants avaient consenti à venir s‘expliquer loyalement au concile! Leurs préjugés, leurs accusations n’auraient pu tenir un instant devant la majesté et la sainteté de cette assemblée ’. C’était l’appel de Dieu qui frappait à la porte de leur cœur par la voix du Pape; la grâce a ses moments choisis : les négliger, c'est s'exposer à des malheurs sans retour.

' Histoire du Concile de Trente, par PALLAViCIM, t. 111, p. 931. ’ Deux évêques de France, qui s’y étaient rendus tout imbus de protestantisme et avec l'intention d'épier les actes des Pères du concile au profit de leur secte, furent convertis par la seule vue de la charité , de la science, de l'humilité et du saint zèle des évêques. CHAPITRE IV

Invitation de Pie IX aux Églises protestantes avant le Concile du Vatican. — Réponses officielles du clergé anglican, de la Com— pagnie des pasteurs de Genève, du Conseil ecclésiastique supérieur de Berlin. — Sentiments meilleurs dans le peuple. — Conversion d'un professeur à l’Université de Geneva; exposé de ses motifs par lui-même.

Il y a, sans doute, un miséricordieux dessein de la Providence dans ce fait que le protestantisme et le catholicisme, malgré leur douloureuse division, n’ont jamais pu se désintéresser l'un de l‘autre. Nous oublions presque le mahométisme, bien qu'il se soit aussi détaché de l‘Église et qu‘il compte plus de mil— lions d’àmes que le schisme du seizième siecle. Mais, entre ce dernier et nous, on ne peut se résigner à voir une séparation irrévocable. C'est comme une mésintelligence de famille qui doit prendre fin dans une réconciliation prochaine. Trois siècles et demi d'hostilitès, parfois bien vives, n'ont pu nous déshabituer d‘appeler nos adversaires des fières séparés. Et, de leur côté, ils tiennent le regard fixé sur notre Église comme sur un domaine qui leur appartiendrait encore et dans lequel ils rentreraient volontiers, sans quelques obstacles qui leur paraissent insurm0ntables. L‘obstacle n‘est pourtant pas si grand, puisqu'il est chaque jour aisément franchi par de nobles âmes qui, de tous les rangs de la société, reviennent à la foi de leurs an— cêtres. Le chemin reste ouvert; il est comme jalonné par le cortège ininterrompu de conversions célèbres et parles tentatives de rapprochements qui partent tour à tour de l'Église romaine et des rangs protestants eux-mêmes. L'un des appels, à la fois le plus touchant et le plus solennel, fut la lettre que Pie IX adressa, avant le concile du Vatican, à toutes les Églises séparées, les conjurant au nom de Jésus-Christ de rentrer dans l'unité et la vérité. Ce magnifique document doit d‘autant plus prendre place ici qu'il a déterminé la conversion d'un savant professeur américain, dont nous aurons à entendre les hautes et solides raisons. ' Voici la parole de Pie IX :

« Éxcité et pressé par la charité de Notre-Seigneur JésusChrist, qui a livré sa vie pour le salut de tout le genre humain, Nous ne pouvons Nous empêcher, à l'occasion du futur Concile, d'adresser Nos paroles apostoliques et pater— nelles à tous ceux qui, bien que reconnaissant le même Jésus-Christ pour Rédempteur et se glorifiant du nom de chrétiens, cependant ne professent pas la vraie foi de Jésus— Chrîst et ne suivent pas la communion de l'Église catholique. Et Nous faisons cela pour les avertir, les conjurer et les supplier, de toute l'ardeur de Notre zèle et en toute charité, de vouloir bien considérer et examiner sérieusement s'ils suivent la voie tracée par le même Jésus-Christ Notre-Sei— gneur et qui conduit au salut éternel.

« Personne ne peut nier ni mettre en doute que JésusChrist lui—même, afin d'appliquer les fruits de sa rédemption à toutes les générations humaines, a bâti sur Pierre en ce monde son unique Église, c'est-à—dire l'Église une, sainte, catholique, apostolique, et qu'il lui a donné toute la puissance nécessaire pour que le dépôt de la foi fût conservé inviolable et intact, et que la même foi fût enseignée à tous les peuples, à toutes les races et à toutes les nations; pour que tous les hommes devinssentpar le baptême des membres

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