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[In éminent professeur de Hobart Collage de Geneva ‘, M. James Kent-Stone, a publié le récit de sa conversion;voici les premières pages de son volume, traduit’ sur la sixième édition anglaise, par l’abbé du Marhallach, ancien député à l’Assemblée nationale française :

« Autant que je puis mettre quelque ordre dans mes impressions, le premier symptôme du péril qui me menaçait fut le retour involontaire dans mon esprit des paroles de l‘encyclique du Saint-Père. Je ne pouvais les chasser; elles me hantaient, elles faisaient mon supplice :

« Excité par la charité de Notre—Seigneur Jésusa Christ, qui a livré sa vie pour le salut de tout le « genre humain... Nous faisons cela pour les avertir, a les conjurer et les supplier, de toute l‘ardeur de a notre zèle et en toute charité, de vouloir bien consi« dérer et examiner sérieusement s’ils suivent la voie a tracée par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur et n qui conduit au salut éternel. n

a il y avait dans le ton de cet appel quelque chose qui m’obligeait a l'écouter. L’image du Pontife suppliant se dressait devmt moi. Comme autrefois àRome, pendant ma jeunesse, je revoyais sa belle et bienveillante figure. Les mains alors étendues pour bénir me semblaient se rejoindre pour m'inviter et me conjurer :

1 Voici en quels termes Vivien de Saint-Martin parle de cette ville et de son collège dans son Nouveau Dictionnaire de géographie : '

l Geneva, ville de l'Etat de New-York... fondée en 1787 par des émigrants de la Nouvelle-Angleterre. Ses établissements d’instruction publique sont célèbres dans tous les États-Unis. Le principal est le Hobart College, université littéraire et médicale, où l'éducation et l'entretien sont absolument gratuits. 2

’ James KENT—STONE, l’Invitation acceptée. Paris, librairie des Lieux-Saints, rue des Saints—Pères, 16.

a Nous attendons avec le désir le plus ardent le re

u tour de nos frères errants à l'Église catholique, afin a de pouvoir les recevoir avec amour dans la maison a du Père céleste et les enrichir de ses inépuisables « trésors. » ' «Par un étrange contraste, des souvenirs disparates venaient se heurter dans mon esprit. Un passage d'un livre extraordinaire, l'Eccc homo, rapporté dans ma mémoire par je ne sais quel souffle du passé, malgré moi, s'empara de moi : a L’habitude obscurcit l’intel— u ligcncc et endort sa. faculté de discernement. »

« Ce fut un instant de doute. D'autres avaient peutétre découvert des vérités qui échappaientà mes regards. Elles avaient peut-être des harmonies qui ne m'étaient pas connues, comme cette musique que les anciens prêtaient aux sphères célestes et dontles accords, aussi doux que subtils, échappaient à la grossièreté des oreilles humaines. Je réfléchis sur l'influence incalculable del‘éd ucation. Des opinions qui, depuis l‘enfance, se sont infiltrées par tous les sens, qui jamais n’bnt rencontré de contradiction, finissent par prendre possession de l'esprit. Si des préjugés se glissent au milieu de ces opinions, n’opposerout-ils pas à la vérité d'invincibles résistances?

a J’avais appris à penser et à m'exprimer dans la langue anglaise qui, depuis trois siècles, avait été une puissante machine battant sans cesse en brèche l'Église catholique romaine. Un antagonismeimplacable contre cette Église avait saturé de son esprit notre littérature, notre théologie, notre histoire, les récits de voyage, les fables et jusqu’aux alphabets des enfants du premier âge. Lorsqu’une pareille source est empoisonnée, quels

effets doit-elle produire chez ceux qui n'ont jamais cessé de se désaltérer dans ses eaux? Ces réflexions passèrent dans mon esprit plus rapidement que je ne les analyse. Je sentais mon cœur défailliret murmurer tout bas : La contagion s’estpeut—e‘tre insinue’e dans tes veines.

«Cette vague inquiétude fut singulièrement augmentée par un passage de Moëhler qui fixa mon attention. En parlant des illusions des premiers hérétiques, le savant écrivain s'exprime ainsi : « Parmi les « théologiens qui ont étudié les erreurs des gnostiques, « il en est certainement très-peu qui n'aient éprouvé a une profonde surprise en voyant comment ces sec«faires pouvaient confondre leurs opinions chimé— u riques, les formes bizarres deleur démonologie avec a les doctrines chrétiennes apostoliques. Ces docteurs « s'imaginent peut-être qu'en une heure, la Bible à la « main, on eût ramené les esprits égarés au pur chrisa tianisme. Qu'ils se désabusent! Lorsqu’une fois un « système particulier de morale est parvenu à se créer a une existence, fût-il composé des éléments les plus « délétères, aucun argument externe, aucune conclu“ sien logique, aucune éloquence ne parvient à le dé— «raciner. Ses envahissements souterrains échappent u aux regards des hommes; il ne périra que par lui— « même. a

« .....Tout à coup, j'aperçus que mon intelligence avait été le jouet d'une multitude d'opinions fausses. Dès le principe sans doute, sans un soupçon, j'avais accepté comme un axiome l‘hypothèse sur laquelle j'aurais dû porter l‘examen d'un esprit impartial. J'avais creusé la controverse romaine, je le croyais du moins, si tant est que dans ma courte vie j'aie su approfondir quelque chose. Comment avais—je étudié? La validité des prétentions du Pape, la légitimité de son pouvoir avaient-elles un seul instant cessé de me paraître chimériques? La pensée que l'Église, en, communion avec le siège de Pierre, pouvait être l'Église catholique de Notre-Seigneur Jésus—Christ, n'avait jamais traversé mon intelligence. Debout au seuil où l'on quitte le monde, à la terrible lueur de l'éternité, m’étais«je jamais posé le redoutable problème? Libre de toutpos— tulatum et de tout préjugé, m’étais—je élancé sur les traces de saint Augustin, à l'appel de la voix qui disait : Relinque omnia et sequere me ? Hélas! non, jamais!

a J’avais étudié pour réfuter et combattre. Identifier le romanisme et le christianisme était pour moi le mystère d'iniquité, la grande apostasie, le chef—d'œuvre de Satan, dont le plus habile artifice avait été de pénétrer dans l'Église de Dieu et de la corrompre. L'ambition des papes était avérée par les faits de l'histoire la plus élémentaire. Un enfant instruit pourrait signaler siècle par siécleles fictions greffées par les apostats sur les croyances des anciens jours.

« L’histoire! mais qui donc l'avait écrite, cette his— toire? L'enfant instruit? Mais son instruction n'avaitelle pas, dès son point de départ, supposé résolue la question en litige?

a En résumé, je n’avais jamais fait un examen sérieux des arguments catholiques. Ce mot désormais sera pour moi synonyme de l'Église romaine. Je venais d'entendre un appel. L'arrêt que je croyais définitif était évoqué par une juridiction plus haute, il pouvait être frappé de nullité. Je découvris quej'avais construit un édifice laborieux sans m’inquiéter des fondations, et qu’elles pouvaient ruiner tout l‘ouvrage.....

a. J'écartai résolûment tout ce qui pouvait m’égarer dans un examen impartial. J'assignai les témoins. Je dus me mettre en garde contre des opinions chéries, des amitiés consacrées par le temps, les études intellectuelles et sociales de ma vie passée, une position honorable et lucrative, mes belles espérances, mes plans longtemps mûris; contre des douleurs plus cuisantes que le regret d’espérances perdues, ou les menaces de la mort elle-même, contre les blessures de mon cœur. D'un autre côté, j’avais à me défier — de quoi? hélas! ahlchers amis, vous qui parlez avec tant d‘éloquence des fascinations du romanisme, du devoir de résister à ses charmes séducteurs, connaissez-vous les angoisses d'une âme appelée à tout donner pour la vérité, au moment où l‘heure estvenue de consommer ses sacrifices? Pas une ombre de sympathie ne me rapprochait de l’Église romaine, si ce n'est pourtant quelque attraction secrète pour la grandeur de l'immolation. Je n’aperçus cette tentation que pour me pré— munir contre elle.

a Bientôtje me mis à l'œuvre avec une anxiété fiévreuse. Le jour se fit, il ne resta plus dans mon esprit la trace d'un doute. Je fus contraint de reconnaître que j'avais été l'impuissant ennemi de la seule Église une, catholique et apostolique. Dirai-je que le temps fut court? L'n mois, une semaine, un jour, n'est—ce pas assez peur que la vérité se manifeste au regard d'une âme dont toutes les aspirations sont concentrées sur elle? Y a-t—il un argument contre l'Église de Dieu qui ne puisse en un instant être convaincu de sophisme? Si son royaume existe sur la terre, il faut qu’on le puisse reconnaître à des signes évidents. A peine l'avais-je aperçu que ma conviction était faite. Je le

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