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de parvenir à une réunion, qu’il appelle préliminaire; dans la seconde, il entre dans le fond des matières, et après avoir concilié les plus importantes, il renvoie les autresà un concile général dont il marque les condi— tions. ‘

Bossuet fit des réflexions sur cet opuscule. a Je ne vois rien dans cet écrit de plus essentiel, dit-il, ni qui facilite plus la réunion, que la conciliation de nos controverses les plus importantes faite par l’illustre et savant auteur. Je commencerai donc par cet endroit-là, et je démontrerai d'abord que, si l'on suit les sentiments de M. Molanus, la réunion sera faite ou presque faite; en sorte qu'il ne lui reste qu’à faire avouer sa doctrine, dans son parti, pour avoir véritablement prouvé que la réunion qu'il propose n'a point de difficulté. » Après avoir fait cette démonstration sur chaque point, Bossuet conclut : a Il est donc certain, par les choses qu'on vient de voir, premièrement que les sentiments du savant auteur ne sont pas des sentiments tout Çà fait particuliers comme il a voulu les appeler, mais des sentiments fondés, pour la plupart et pour les points les plus essentiels, sur les actes authentiques du parti, et exprimés le plus souvent par leurs propres termes ou par des termes équivalents; — secondement, que ces articles étant résolus, il ne peut plus exister de difficultés qui empêchent les luthériens de se réunir à nous‘. n

A ces réflexions de Bœsuet, Molanus répondit par une Nouvelle Eæplication, dans laquelle il demandait qu‘on mit à l’écart les décrets du Concile de Trente et de tous les conciles que les protestants ne recon

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naissaient pas pour œcuméniqnes. Bossuet avait déjà répondu à cette objection, qui était celle de Leibnitz : a A l’égard des protestants modérés, a qui nous avons affaire, l'aversion qu’on a dans leur parti contre le Concile de Trente doit être fort diminuée après qu’on avu, par l'écrit qu'ils nous ont adressé, que la doctrine de ce Concile, bien entendue, est saine et ancienne; en sorte que ce qui reste d’aversion doit être attribué à la chaleur des partis, qui n‘est pas encore tout à fait éteinte, et aux préventions où l'on est contre les véritables sentiments de cette sainte assemblée. Il semble donc qu‘il est temps plusjque jamais d'en revenir, sur ce Concile, à ce que saint Hilaire a dit autrefois sur.le Concile de Nicée: a Le mot Consubstana tiel peut-être mal entendu : travaillez à le faire bien ' a entendre. un Par ce moyen, les protestants, qui regardent le Concile de Trente comme étranger, se le rendrontpropre en l’entendant bien et enl'approuvant..... a La principale raison que les protestants ont opposée à ce Concile est que le Pape et les évêques de sa communion, qui ont été juges, étaient en même temps partie: et c‘est pour remédier à ce prétendu inconvénient qu'ils s‘attachent principalement à demander que leurs surintendants soient reconnus juges dans celui qu'on tiendra. Mais si cette raison a lieu, il n'y aura jamais de jugement contre aucune secte bérét tique ou schismatique, car il n'est pas pessible que ceux qui rompent l’unité soient jugés par d‘autres que par ceux qui étaient en place quand ils ont rompu. Le Pape et les évêques catholiques n’ont fait que se tenir dans la foi où les protestants les ont trouvés. Ils ne sont donc point naturellement leurs parties. Ce sont les protestants qui se sont rendus leurs parties contre eux, en les accusant d'idolâtrie, d’impiété et d'antichristianisme. Ainsi, ils ne pouvaient pas être assis comme juges dans une cause où ils s'étaient rendus accusaieurs..... Quoi qu’on fasse, on ne peut jamais faire que les hérétiques soient jugés par d'autres que par les catholiques; et si l'on appelle cela être partie, il n’y aura plus de jugement ecclésiastique. Les anathèmes du Concile de Trente, dont les protestants font tant de plaintes, n'ont rien de plus fort que ce qui est si souvent répété par les mêmes protestants dans leurs livres symboliques. Ils condamnent, ils im— proucent comme z'a*pie, etc., telle ou telle doctrine. Tout cela, dis—je, est équivalent aux anathèmes de Trente. Il fautdonc faire cesser ces reproches, et, en dépouillant tout esprit de contention et d’aigreur, entrer dans des éclaircissements, qui rendront les décisions du Concile recevables aux protestants euxmêmes '. »

Leibnitz déclarait vouloir se soumettre à un concile, mais sans dire lequel, et il demandait « si ceux qui sont prêts à se soumettre à la décision de l’Église, > mais ont des raisons de ne pas reconnaître un certain êoncile pour légitime, sont véritablement hérétiques n . Bossuet répond : a J'appelle opiniâtre en matière de foi celui qui est invinciblement attachéà son sentiment, et le préfère à celui de toute l’Église : j'appelle héré— tzque celui qui est opiniâtre en cette sorte. n Puis il montre qu’avec une semblable théorie, il ne resterait pas un seul concile debout; tous les hérétiques ont eu des raisons de ne pas reconnaître un certain concile, c'est-à-dire celui qui les condamnait, et chercher des

1 Bosseur, 0Euvrer, édit. Vivès, t. XVII, p. 602 et suiv.

raisons de ne pas reconnaître un certain concile, c’est s‘arroger le droit de n'en reconnaître aucun, de sorte c qu'il n'y a point d'erreur plus capitale contre la foi 1) .

a Si, par exemple, conclut Bossuet, toutes les fois qu'onvoitunconcile,quiseuletpubliquementportedans l'Église le titre d'œcuménique, en sorte que personne ne s'en sépare que ceux qui en même temps sont visiblement séparés de l'Église même qui reconnaît ce con— cile et en est reconnue; si, dis—je, on prétend le rejeter ou le tenir, en suspens, sous quelque prétexte que ce soit, on détruit également tous les conciles et tous les jugements ecclésiastiques : on met une impossibilité d'en prononcer aucun qui soit tenu pour légitime : on introduit l'anarchie, et chacun peut croire tout ce qu‘il veut.

a C'est en cela que consiste l‘opiniâtreté qui fait l'hérétique et l‘hérésie. Car, si, pour n'être point opiniâtre, il suffisait d'avoir un air modéré, des paroles honnêtes, des sentiments deux, on ne saurait jamais qui est opiniâtre ou qui ne l'est pas. Mais, afin qu'on puisse connaître cet opiniâtre qui est hérétique, et l'éviter selon le précepte de l'Apôtre (Ep. à Tite, III, 10), voici sa propriété incommunicable et son manifeste caractère : C'est qu’il s’érige lui—même dans son propre jugement un tribunal cru-dessus duquel il ne met rien sur la terre, ou, pour parler en termes simples, c’est qu‘il est attaché à son propre sens jusqu'à rendre inutiles tous les jugements de l' Église. On en vient la manifestement par la méthode qu'on nous propose; en en vient donc manifestement à cette opiniâtreté qui fait l'hérétique ‘. »

1 Bossrnr, 0Euvres, édit. Virès, t. XVII, p. 609.

Tout échoue donc devant cette opiniâtreté. Cependant elle était plutôt un prétexte que le vrai motif. L‘hist0rien protestant Menzel fait observer lui-même qu'on ne saurait méconnaître le changement que, durant ces négociations, les événements extérieurs opérèrent sur les dispositions de Leibnitz, d‘abord si favorables au catholicisme. La dynastie régnante d‘Angleterre s'éteignait par la mort du dernier fils de la reine Aune. La succession au trône, par les droits du sang, revenait à la maison de Savoie. Mais, cette maison étant catholique, le Parlement l'exclut et appela le duc de Hanovre, héritier plus éloigné, mais protestant. Dans de telles conjonctures, achever l’union des protestants d’Allemagne avec l‘Eglise catholique, c'était fermer le chemin du trône anglais au prince hanovrieu, et Leibnitz, que Menzel qualifie de philosophe courtisan, sacrifie tous les intérêts religieux à l‘intérêt politique.

La correspondance de Wake (1718) agissant au nom de l'archevêque de Cantorbéry, primat d'Anglelerre, avec Dupin, théologien de la Sorbonne, n'eut pas une meilleure issue. Wake voulait que les deux Églises de France et d‘Angleterre entrassent en union comme deux sociétés absolument égales, ayant les mêmes droits; par conséquent, il ne consentait à aucune concession de la part de son Église. Lorsqu’il s'aperçnt que la France ne songeait pas le moins du monde à. se séparer de Rome, il reconnut que son projet était irréalisable et y renonça.

De nos jours, l‘idée d'une réuni0n des Églises travaille plus que jamais certains esprits. Malheureusement elle se présente sur des bases tellement impos— sibles, que c’est une simple utopie. Il s'agirait, cette

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