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HISTORIQUE ET CRITIQUE

SUR

DOMINIQUE ZAMPIERI. .

Parmi les élèves qui sortirent de l'illustre école de Bologne, trois peintres furent remarqués par leur talent et par l'amitié qui les unit pendant long-temps. Guido Reni, François Albani et Dominique Zampieri , nés tous trois à Bologne, à trois années de distance, reçurent tous trois des leçons de dessin de Denis Calvaert, et tous trois passèrent ensuite à l'école des Carracbes. Malgré cette continuité de principes uniformes, ils eurent chacun une manière différente, et il serait difficile peutêtre de dire laquelle mérite la préférence.

Dominique Zampieri, le plus jeune d'entre eux, naquit en 1581 : on le destinait à l'étude des lettres, tandis que son frère Gabriel devait être peintre; mais le jeune Dominichino dessinait en cachetle. Bientôt son père, apercevant les dispositions extraordinaires qu'il avait pour la peinture, se détermina à le placer chez le peintre Flamand Calvaert, où il resta peu de temps. Son maître l'ayant surpris dans un moment où il copiait un dessin du Carrache, son amour-propre en fut tellement blessé, que, se laissant emporter par la colère, il frappa rudement son élève. Cette scène inconvenante déter. mina Dominiquin à quitter sur-le-champ son maitre pour aller se placer sous la conduite du Carrache, et il entraîna avec lui ses deux amis Guido et Albani.

I

NOTICE HISTORIQUE ET CRITIQUE
Zampieri se fit remarquer par son assiduité à l'étude; il tra-
vaillait toujours à l'écart, et remporta le prix dans un con-
cours où ses anciens camarades le regardaient comme peu
dangereux. Cependant il n'avait pas le travail facile, opérait
lentement, et ne prenait le crayon qu'après avoir long-temps
médité : ses camarades le plaisantant sur cette lenteur, le
nommaient le bæuf de la peinture. Annibal Carrache qui sentait
tout son mérite, le défendit hautement en disant : Ce bouf ren-
dra son champ si fertile, qu'un jour il nourrira la peinture.

L'Albane ayant quitté Bologne pour aller à Rome, Domi-
nique Zampieri ne tarda pas à l'y joindre. Il y fut employé
d'abord par Annibal Carrache, qui était alors occupé à peindre
la galerie Farnèse. C'est à Dominiquin qu'est due dans cette
galerie l'emblème de la maison Farnèse, qui est une nyinphe
caressant une licorne. Cet essai fut bientôt remarqué; mais
notre jeune peintre, toujours lent à concevoir, pensa être la
victime de cette apparente incapacité , car malgré l'intérêt que
lui portait le prélat Agucchia, il ne put lui faire obtenir la
puissante protection du cardinal Agucchia son oncle, qui re-
gardait Dominiquin comme un peintre inepte et tout-à-fait in-
capable. Cependant le prélat chargea son ami de faire un
tableau de Saint Pierre délivré de prison , et le jour de la fête,
on l'exposa dans l'église de Saint-Pierre-aux-Liens : chacun
l'admira et le crut de la main d'Annibal Carrache. Le cardinal
Agucchia lui-même l'ayant beaucoup loué, son neveu lui apprit
que c'était l'ouvrage de son jeune protégé.

Le cardinal Édouard Farnèse, également satisfait de ce qu'il venait de voir, ordonna à Dominiquin de peindre en six tableaux l'histoire de saint Nil, pour orner l'abbaye de GrottaFerrata, qu'il venait de faire reconstruire. Zampieri avait alors 29 ans , Annibal Carrache venait de mourir, une partie de la succession de son maitre lui échut, et il fut chargé de plusieurs grands travaux. Il peignit à Frescati dix tableaux pour l'his

SUR DOMINIQUE ZAMPIERI. toire d'Apollon; puis, sous le pontificat de Paul V, il fut chargé de faire, pour l'église de la Charité, le tableau de la Communion de saint Jérôme, véritable chef-d'oeuvre, pour lequel il ne reçut qu'une somme de 250 francs environ. Cet ouvrage fut regardé par Poussin comme digne d'être mis en parallèle avec la Transfiguration de Raphaël, et il excita la jalousie de quelques peintres contemporains. Lanfranc, le plus animé de tous, chercha à faire croire que Zampieri avait, dans son Saint Jérôme, copié le même sujet traité par Augustin Carrache pour la Chartreuse de Bologne; mais s'il est vrai que quelques reminiscences se soient emparées de la pensée du Dominiquin, on peut dire qu'il n'avait pas besoin de rien emprunter à d'autres, et que son génie lui suffisait. On en vit bientôt des preuves dans les différens tableaux qu'il produisit, tel que la Flagellation de saint André, qu'il fit pour l'église de Saint-Grégoire. Se trouvant là en concurrence avec Guido Reni, qui traita le même sujet dans le même monument, il eut la gloire de l'emporter sur son condisciple, plus âgé que lui de six années. On doit encore citer comme très remarquables le Martyre de sainte Agnès et la Vierge du Rosaire, puis l'histoire de sainte Cécile, qu'il peigait dans l'église de Saint-Louis-des-Français à Rome.

Zampieri revint ensuite à Bologne, où il épousa une femme remarquable par sa beauté, et qui lui servit souvent de modèle, mais dont le caractère hautain et intéressé lui occasiona par la suite des désagrémens, surtout lors de son séjour à Naples. Le cardinal Ludovisi étant devenu pape sous le nom de Grégoire XV; il rappela Dominiquin à Rome, et lui confia la direction des travaux du Vatican. Vers le même temps aussi notre peintre se trouva chargé par le marquis Giustiniani de peindre à Bassano l'histoire de Diane, puis les fameuses fresques de Saint-Charles Catenari, où il représenta les quatre Vertus cardinales, et enfin , dans la chapelle Bandini à l'église

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